Un vêtement qui réchauffe ou refroidit la température du corps, associé à un système indolore de mesure des mouvements oculaires, permet aux
chercheurs sur la sclérose en plaques du Centre Médical pour le Sud-Ouest de l’Université du Texas (UT Southwestern Medical Center, à Dallas - USA), d’étudier le lien inexpliqué entre la
température corporelle et la sévérité des symptômes liés à la SEP.
Des chercheurs ont étudié un aspect de la sclérose en plaques baptisé "le phénomène de Uhthoff", du nom de l'ophtalmologiste allemand qui, en 1889, avait rapporté que certaines personnes avaient des problèmes temporaires de vision après avoir pratiqué une activité physique ou par temps chaud. Cette réaction, ainsi que d'autres symptômes de la SEP -comme la fatigue ou des problèmes de coordination-, s'aggrave avec la chaleur chez la plupart des personnes atteintes de SEP. Et bien que ce phénomène soit depuis longtemps connu des médecins et des chercheurs, il n’existe aucun moyen de mesurer objectivement son importance ou son rapport avec la température du corps.
L'étude de l’UT Southwestern Medical Center, disponible en ligne et qui paraîtra le 25 mars dans la revue Neurology, démontre que tant que
la température du corps augmente, l’importance d'un trouble des mouvements de l'oeil (appelé ophtalmoparésie internucléaire -ou INO-) augmente également. Lorsqu'une personne souffrant d’INO
bouge ses yeux rapidement d'un objet à un autre, un œil se déplace plus lentement que l’autre ; normalement, les yeux se déplacent à la même vitesse.
Selon le Dr Elliot Frohman (Professeur de neurologie et ophtalmologie, Directeur du Programme sur la Sclérose en Plaques et du Centre Clinique de la Sclérose en Plaques à l'UT Southwestern, et l’un des auteurs de cette étude), l’INO pourrait être aisément utilisé comme un moyen de mesure et d’alerte, et se substituer à d'autres symptômes de la SEP liés à la chaleur qui sont difficiles à mesurer, tels que la fatigue, la confusion mentale ou les problèmes de vessie ou du côlon.
L'étude a été menée à l’UT Southwestern sur un échantillon de 24 personnes, composé de 8 patients atteints de SEP et d’INO, 8 patients atteints de SEP mais pas d’INO et de 8 sujets sans SEP ni INO. Les chercheurs ont utilisé pour cette expérience une tenue recouvrant toute la surface du corps -criblée de tubes dans lesquels de l’eau circulait, permettant de modifier la température corporelle-, une « pilule-thermomètre » qui, après avoir été avalée, mesurait la température du corps, et une caméra infrarouge qui enregistrait de façon indolore les mouvements oculaires.
Les sujets portaient un appareil léger maintenu par un bandeau frontal et équipé d’une lumière infrarouge afin de détecter leurs mouvements oculaires pendant qu’ils suivaient des yeux une séquence aléatoire de clignotement lumineux (oculographie par infrarouge).
Lorsque de l'eau chaude circulait dans le vêtement, la température corporelle s’élevait de +0,5 C° par rapport à la température initiale
du sujet, tandis que l’eau froide l’abaissait de -0,5 C°. Il a été relevé que, chez les sujets souffrant d’INO, l'échauffement corporel aggravait les différences de synchronisation dans le
mouvement des yeux. A l’inverse, la synchronisation s’améliorait sous l’effet du refroidissement.
Pour le Dr Frohman, mesurer l’INO en milieu clinique peut constituer un moyen de déterminer la prédisposition d’un
patient SEP à d’autres symptômes liés à la chaleur, ainsi qu'un outil pour contrôler l'efficacité des traitements. Et avec cette nouvelle technique, on peut objectivement tester de nouvelles
thérapies qui traitent spécifiquement les symptômes de la SEP.
D’après lui, la prochaine étape dans la recherche sera d’utiliser ce système afin mesurer l'efficacité d'un traitement destiné à
soulager les symptômes liés à la chaleur chez les personnes atteintes de SEP. "Nous avons démontré que, par cette méthode, nous pouvons modéliser les principaux mécanismes qui causent
l’aggravation de certains symptômes chez les personnes atteintes de SEP", a-t-il déclaré…
D’après l’article Eye test peers into heat-related multiple
sclerosis symptoms
Source : UT Southwestern Medical Center