En France, le cas de Chantal Sébire, atteinte d’une tumeur incurable, a récemment ravivé le débat sur
un sujet encore trop tabou : le droit de mourir dans la dignité. L’histoire que je vous rapporte ce soir est issue d’un article paru ces jours-ci outre-Manche : elle se
passe en Ecosse et concerne une femme souffrant d’une sclérose en plaques très avancée...
Agée de 50 ans, Val MacKay a reçu un diagnostic de SEP progressive il y a quatre ans. Son corps s’est engourdi
progressivement à partir des pieds et son état s'est rapidement détérioré. Quatre mois à peine après que sa SEP ait été diagnostiquée, Val MacKay a dû abandonner son emploi. Elle s’est également
séparée de son ami, ne souhaitant pas lui imposer sa souffrance. Aujourd’hui, cela fait deux ans et demi qu’elle n’est pas sortie de chez elle, restant alitée 22 heures par jour, le plus souvent
à regarder la télévision.
En phase terminale, Mme MacKay s’attend à bientôt perdre la vue et la parole, et
les médecins lui donnent seulement six mois à vivre, mais pour elle, ce délai à attendre la mort paraît bien long. Elle avoue avoir envisagé le suicide par le passé, mais n’avait pas eu le courage d’avaler la collection de pilules qu’elle avait rassemblées ;
aujourd’hui très malade, elle ne réussirait même plus à mettre fin à ses jours sans aide.
Sur le site BBC Scotland News, Val MacKay déclare : "Je ne peux plus rien
faire : je ne peux ni bouger mon bras droit, ni mes jambes, et je suis souffre énormément. Je dois être hissée dans un fauteuil roulant par mes aides-soignants et je n’ai pas mis le nez
dehors depuis deux ans et demi… Mais j'ai encore toute ma tête et c'est ce qu'il y a de pire... J'ai un fils, une belle-fille et deux beaux petits-fils : Matthew, 7 ans, et
Daniel, 16 mois. C’est horrible pour eux de me voir comme ça. Je ne peux même pas soulever Daniel quand il me rend visite. J'ai vu ma mère mourir d'un cancer quand j’avais
une trentaine d’années, ce fut la chose la plus difficile que j'avais jamais eu à vivre. Je ne veux pas que ma famille subisse ça avec moi - je veux pouvoir mourir
dignement." Elle s’est confiée à sa famille et a avoué que le plus difficile, pour elle, serait d’abandonner ses deux jeunes petits-enfants.
Mais c’est un documentaire télévisé sur le Dr Anne Turner (qui, après avoir reçu un
diagnostic de paralysie supranucléaire incurable, a mis fin à ses jours en Suisse, en janvier 2006, avec l’aide de l’association très controversée Dignitas) qui a interpellé Mme MacKay.
L’assistance au suicide n’est pas réprimée en Suisse, dès lors que le patient qui a choisi de mettre un terme à ses
souffrances est jugé mentalement responsable et est capable de boire seul le verre contenant le mélange létal.
Mme MacKay souhaiterait faire le voyage jusqu’en Suisse, mais elle
s’inquiète sur les conséquences judiciaires éventuelles, en Grande-Bretagne, pour les personnes qui l’auront aidée à s'y rendre. Elle déclare : "J’ai envié Anne Turner quand j'ai vu ce
documentaire. Je me suis demandée si j’avais tort de la jalouser, mais c'est ce que j'ai ressenti. Le problème est de trouver quelqu'un qui puisse m'aider à y aller. Je ne veux pas
demander ça à ma famille ou un ami car ils seraient confrontés à la perspective d'une peine de prison."
Val MacKay appuie totalement l’appel de la politicienne Margo MacDonald au Parlement écossais pour un débat public sur le
suicide assisté (Mme MacDonald, membre du Parlement écossais, a reçu un diagnostic de la maladie de Parkinson en 2002 et déclaré au Parlement qu'elle espérait avoir le choix de pouvoir
mourir si son état empirait). Mme Mackay estime que "chacun devrait avoir le droit de mettre fin à sa propre vie, si tel est son
souhait, mais il est évident que des garde-fous sont nécessaires pour prémunir les individus contre tout abus.
"Si j'étais un chat ou un chien, il y a longtemps qu’on m’aurait euthanasiée. Je ne devrais pas avoir à souffrir ainsi. Une modification de la législation arrivera probablement trop tard pour
moi, mais il faut espérer que dans l'avenir, les gens n'auront pas besoin de passer par ce que je traverse."
Source : BBC News – Article "Please let me die with dignity" de Stuart Nicolson, BBC Scotland News website
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